L’incontournable normalisation de la chaîne graphique

normalisation de la chaîne graphique

 Standardisation, systématisation, unification, normalisation… Ces termes renvoient tous à la nécessité, pour parler du même sujet, d’établir un cadre commun. Ce qui, en matière de couleur, se révèle indispensable. Entretien avec Hervé Lyaudet, responsable colorimétrie et flux de production chez Altavia Paris.

En quoi la normalisation de la couleur est-elle si importante ?

La perception de la couleur est un phénomène d’ordre physique (avant son arrivée jusqu’aux yeux) puis biologique (une fois que la lumière est captée par les yeux). Elle est donc dépendante de plusieurs facteurs, l’illuminant, l’objet observé et l’observateur. Le fait que la couleur ne soit qu’une sensation créée par notre cortex à partir d’ondes électromagnétiques captées par nos yeux fait que nous percevons tous les couleurs d’une manière différente, et que cette perception est dépendante de notre état (culture, stress, fatigue…).

 

Pour maîtriser ces différents facteurs, les industries graphiques doivent respecter une certaine normalisation, un cadre maîtrisé, afin que chacun puisse percevoir la couleur pratiquement de la même façon. La normalisation concerne donc toute la chaîne graphique, entre autres les conditions de visualisation (normalisation des éclairages, de l’environnement…), la mesure et la reproduction de la couleur ainsi que les réglages de presse, l’échange de fichiers…

 

Comment mesurer et reproduire de manière identique la couleur ?

Des appareils permettent de mesurer précisément les ondes électromagnétiques, comme le spectrophotomètre. La mission de cet instrument, devenu indispensable, est de mesurer les ondes qui arrivent à nos yeux. Grâce aux mathématiques et aux recherches faites par la CIE (Comité International de l’Eclairage) nous avons une méthode de calcul pour définir la couleur mesurée dans un espace mathématique. Une fois cette opération faite, nous pouvons faire des prédictions de la couleur, avoir des statistiques, des indications précises sur les déviations, sur sa possible reproduction sur différents supports.

 

Y a-t-il une normalisation de la couleur à l’échelle européenne ?

Tout à fait. Les données que nous utilisons dans la gestion des couleurs reproduisent les caractéristiques, par exemple des presses offset, qui reflètent les objectifs d’impression définis dans la norme ISO 12647-2, ce qui nous permet d’aligner notre travail sur une impression reconnue dans le monde entier.

 

Dans certaines régions comme l’Europe, des organismes comme l’ECI (European Colour Initiative) sont actifs en fournissant gratuitement des outils tels que des profils ICC et des gammes de contrôle reflétant les normes ISO. Il y a également la FOGRA, un centre de recherche en technologies des médias à but non lucratif basé en Allemagne et dont 30% des membres sont basés à l’international. Ces entités reflètent l’ensemble de la chaîne graphique, depuis l’approvisionnement jusqu’aux entreprises d’impression et de prépresse, en façonnant les normes ISO qui fournissent des objectifs clairs sur toute la planète. Le comité technique des normes ISO en arts graphiques est le TC 130.

 

Quels sont les avantages de la gestion de la couleur ?

Intégrer la gestion de la couleur dans les flux de production permet d’automatiser au maximum les processus et par conséquent, de réduire le risque d’erreur, les coûts de production et les délais. De reproduire la couleur à travers le temps,  ce qui n’était pas le cas il n’y a pas si longtemps !

 

Mais vous l’aurez compris, on ne peut pas parler de gestion de couleurs sans parler de normalisation.

 

Des interprétations différentes existent-elles selon les lieux géographiques ?

Oui, et c’est le problème ! Certains pays ignorent les normes internationales et d’autres ajoutent des variations régionales. Les États-Unis, par exemple, ont opté pour une méthode appelée G7, différente de l’ISO 12647-2. Bien que les États-Unis aient voté pour la norme ISO 12647-2 dans le cadre du TC130, des experts plus influents ont promu la méthode G7. Les outils modernes de gestion des couleurs peuvent passer des normes nationales G7 (CRPC ou GraCol) aux normes internationales (ISO) telles que FOGRA39 ou FOGRA51.

 

Il en va de même avec Japan Color pour le Japon.

Bien que contribuant au groupe de travail TC130 et acceptant les objectifs d’impression ISO 12647-2, Japan Color fournit des normes locales qui diffèrent un peu de l‘ISO.