Ashoka

Ashoka

Fondée en 1981 en Inde et présente en France depuis 2006, Ashoka fait aujourd’hui partie des ONG les plus influentes au monde. Sa mission ? Soutenir, de par le monde, les entrepreneurs qui se sont donné pour objectif de répondre de manière innovante à un problème de société.

Entretien avec Laura Zimer, Directrice Communication chez Ashoka France.

Quelle a été la genèse d’Ashoka ?

Ashoka a été fondée en Inde en 1981, par l’américain Bill Drayton, un homme au profil hybride, ayant notamment travaillé chez McKinsey, mais aussi pour l’Agence Nationale de l’Environnement américaine. Il a ainsi testé aussi bien le secteur privé, que le public. Durant ses pérégrinations, il a découvert, en Inde, un troisième type d’établissement, ni privé, ni public. Menées par des entrepreneurs ayant pris l’initiative de mettre leurs qualités entrepreneuriales au service d’un problème de société, ces entreprises – au sens premier du terme– pouvaient prendre aussi bien la forme d’une société privée que d’une association, ou être le fruit d’un projet individuel. Des initiatives que Bill Drayton désignera sous le terme d’entreprenariat social. C’est dans ce cadre qu’il a rencontré Gloria de Souza, qui fut la première personne à intégrer Ashoka, en Inde, où fut créée la première branche du réseau.

 

Comment le réseau s’est-il ensuite développé ?

Les premières branches ont été créées dans les pays en voie de développement, en Asie et en Amérique du Sud, où les enjeux de société étaient les plus criants. Le réseau s’est ensuite développé en Amérique du Nord, avec le lancement d’un programme aux Etats-Unis en 2000, puis en Europe occidentale, où la branche française d’Ashoka a été créée en 2006.

A quels critères doit répondre un entrepreneur social pour intégrer le réseau Ashoka ? Comment se déroule le processus de sélection ?

Tout d’abord, le projet doit répondre de manière innovante à un problème de société. Il doit également avoir déjà fait ses preuves en termes d’impact et avoir tout le potentiel nécessaire pour transformer un secteur en profondeur.  Par exemple, Jimmy Wales, le fondateur de Wikipédia, qui est un Fellow Ashoka (NDLR : entrepreneur social membre du réseau), a révolutionné le secteur de la connaissance, en rendant cette dernière accessible à tous via Internet.

 

Au-delà de la pertinence du projet lui-même, l’entrepreneur qui le porte doit lui aussi répondre à des critères spécifiques : il doit faire preuve de qualités entrepreneuriales, d’une réelle fibre éthique, et de créativité.

 

Ce processus de sélection, d’une durée moyenne de huit mois, revêt une envergure à la fois nationale et internationale, puisqu’il est le même dans toutes les branches d’Ashoka dans le monde. Durant cette période, le candidat passe des entretiens avec des experts internationaux, aussi bien au sein d’Ashoka qu’en dehors du réseau. A la fin du processus de sélection, sa candidature sera revue par le board d’Ashoka, afin d’assurer une qualité de sélection identique partout dans le monde.

 

Combien d’entrepreneurs sont intégrés dans le réseau chaque année ?

Tous les ans, une nouvelle promo d’entrepreneurs sociaux est intégrée dans le réseau : environ 150 dans le monde, et entre 5 et 10 en France. Ce sont vraiment de toutes petites promos car nos critères sont extrêmement exigeants. De plus, nous sommes une petite ONG, aussi bien en termes de ressources humaines que financières : notre but n’est pas de grandir en tant que structure en soit, mais en matière d’impact.

 

Concrètement, en quoi consiste l’accompagnement d’un Fellow Ashoka ?

Une fois qu’un entrepreneur intègre le réseau, il a accès à plusieurs niveaux d’accompagnement : une bourse financière, sous la forme d’un salaire mensuel, afin qu’il puisse se consacrer à son projet à temps plein ; le réseau de pairs, qui permet le partage des succès et bonnes pratiques, mais également des éventuelles difficultés et obstacles rencontrés ; un accompagnement en termes de compétences, pour aider le Fellow à aborder les aspects inhérents à la création d’une entreprise et pour lesquels l’entrepreneur social n’est pas nécessairement formé.  Pour cela, Ashoka réunit, autour de ses Fellows, des entreprises partenaires qui prodiguent des conseils par le biais d’un mécénat de compétence. Cela peut être des sociétés de conseil spécialisées, par exemple, dans des problématiques juridiques ou financières. Les entrepreneurs sociaux bénéficient aussi d’un autre type d’accompagnement de compétence, plus individuel, dispensé par notre réseau de philanthropes.

Enfin, nous leur assurons toute la visibilité nécessaire à la bonne conduite de leur projet, à travers la promotion, au quotidien, des initiatives que nous soutenons et de l’innovation sociale au sens large.

 

Tous les projets des entrepreneurs sociaux sont-ils pérennes ? Quel est le taux de réussite à 5 ans ?

A l’international, nos chiffres sont assez parlants, puisque 93% des entrepreneurs sociaux Ashoka poursuivent encore leurs activités après 5 ans. De plus, 56% des projets que nous soutenons ont été à l’origine d’une loi dans leur pays. Leur impact est donc tout sauf négligeable !

 

Pouvez-vous donner un exemple de Fellow français ayant eu un tel impact ?

Marie Trellu-Kane, qui a créé Unis-Cité, a été l’une des premières personnes à intégrer le réseau Ashoka en France il y a 10 ans avec, à l’époque, une visibilité somme toute assez limitée. Aujourd’hui, Unis-Cité est implantée dans près de 50 villes et c’est elle qui, en 2010, a inspiré le lancement du Service Civique en France.

 

Quels ont été les temps forts d’Ashoka France en 2017 ?

Pour nous, le principal temps fort de l’année 2017 a été notre emménagement dans les locaux de Station F, qui est symbolique d’un rapprochement, voire d’un mélange des cultures, que l’on essaie de porter au quotidien. Il nous a semblé intéressant d’ajouter cette brique innovation sociale et de montrer que l’innovation peut avoir un impact positif sur la société.

 

A cette occasion, nous avons lancé Share IT, le premier incubateur pour entrepreneurs sociaux dédié à la Tech. Par ce biais, nous avons pour objectif de faire émerger, en France, un secteur qui s’appelle le Tech for good. S’il s’est déjà beaucoup développé aux Etats-Unis (Wikipédia en est, une nouvelle fois, un parfait exemple) et au Royaume-Uni, ce secteur reste, pour le moment, très embryonnaire en France. D’une part, nous souhaitons promouvoir et soutenir les entrepreneurs issus de la Tech ayant pour objectif de répondre à une problématique sociétale et, d’autre part, aider les entrepreneurs sociaux dont l’impact pourrait être amplifié en intégrant une dimension technologique à leur projet.

 

Quels sont vos projets et objectifs pour l’année à venir ?

L’esprit entrepreneurial faisant partie intégrante de notre ADN, nous avons toujours mille projets chez Ashoka ! Au-delà de l’entrepreneuriat social, qui est un peu le premier étage de la fusée, et qui est notre cœur de métier, nous poussons deux sujets en parallèle :

  • Faciliter la collaboration hybride entre le social et le business et, par là même, créer de nouveaux types de modèles économiques.
  • Favoriser l’émergence de nouvelles compétences chez les jeunes générations et faire en sorte que, au-delà de savoir lire, écrire et compter, les jeunes sachent aussi être des leaders, des citoyens engagés, des personnes qui savent collaborer.

 

Pouvez-vous nous en dire plus sur votre partenariat avec le groupe Altavia ?

Notre collaboration avec Altavia a commencé l’année dernière, à l’occasion des 10 ans d’Ashoka France, alors que nous cherchions à moderniser nos outils de communication. C’est dans ce cadre que nous avons été amenés à rencontrer la Directrice RSE du groupe. Nous nous sommes dits que nous pourrions commencer par retravailler notre brochure ensemble. Nous avions un réel besoin d’expertise, à la fois en matière de mise en page que de fabrication. Les équipes Altavia étaient ravies de pouvoir nous apporter cette expertise en mécénat de compétence.

 

Comment la brochure a-t-elle été reçue ?

Ce fut un réel succès, aussi bien en interne, qu’en externe. Chez Ashoka, nous avons été ravis d’avoir enfin un outil de communication professionnalisant, clair et complet. Nous avons également eu beaucoup de retours positifs de la part de personnes de notre réseau.

Cette année, en plus de la production, Altavia a également géré la créa. Notre brochure promet ainsi d’être encore plus belle cette année !